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Sujets cliniques

Y a t-il encore un avenir pour la clinique en psychiatrie ?

Le 12/04/2009 par J.HEBERT.

 

            La poussée universalisante de l'idéologie scientiste et de son doublon libéral économique ont repoussé loin dans les marges le savoir d'une clinique psychiatrique pourtant éprouvée - depuis Pinel qui dé-chaînat les fous et leur offrit un « asile » jusqu'au colloque de Bonneval avec Henri Ey - ainsi que la pratique qui s'en soutient. Au point qu'on ne sache plus très bien ce que « folie » veut dire.

S'en suit la désorientation, le découragement et le désintérêt généralisé des praticiens et des « soignants » dans leur ensemble, à la mesure même de leur défaut d'instruments de repérage, de boussole conceptuelle.

Sans doute ne serait-il pas légitime pour autant de récuser les apports de la science au traitement possible des psychoses. Encore pourrions nous souhaiter sinon exiger que les dits apports soient introduits dans la pratique clinique sur un mode raisonné, pris en compte sans être des substituts sauf, comme nous le voyons, à y perdre notre latin.

En tout état de cause, s'il est vrai qu'une civilisation peut être jugée à la façon dont on y traite les étrangers, les femmes et les malades mentaux, n'aurions nous pas à nous interroger collectivement sur les modalités par lesquelles, aujourd'hui, nous nous protégeons de l'angoissante altérité du fou ? Entre autres.


 

 

Le fou de l'asile à la prison

Par J.HEBERT.

 

 

Que reste t-il aujourd'hui des murs protecteurs et pacifiants du lieu qui fut fondé pour lui dans la mouvance révolutionnaire et baptisé alors du « beau nom d'asile » ?

Comment d'ailleurs, penser l'asile dans son acception la plus large, au sein d'une société dont l'économie récuse toute stase, d'être régie par une mécanique qui confine à celle des fluides ? Le fou comme le paria aussi bien, n'ont qu'à s'y effacer et à ... circuler !

N'est-il pas remarquable que ce soit l'idéologie libertaire d'une fausse révolution qui, avec l'antipsychiatrie, ait largement participé à établir, sans le moindre discernement clinique, l'équivalence imaginaire entre asile et enfermement, privation de liberté ? Ouvrant la perspective, déjà, de la voie libérale du traitement de la folie, la voie ségrégative et gestionnaire qui nous porte à présent si souvent à la non assistance.

Faute de lieu spécifié - il n'y a plus que des hôpitaux ! - faute de reconnaissance de son statut - il n'y a plus que des « usagers » ! -- le fou est aujourd'hui livré au « bras séculier ». Car, faute encore d'être reconnu dans son « irresponsabilité » par ceux là même qui pourraient en éclairer des juges sous pression médiatique et populaire, il passe du cadre médico-légal au champ du délit voire du crime. Dés lors, la punition prime sur le soin (trente pour cent de la population carcérale est constituée de malades mentaux) d'autant plus aisément que nul, de nos jours, ne saurait accepter, sans exiger condamnation et réparation, avoir été « victime » du malheureux hasard d'une rencontre avec le réel de la folie.

Continuerons-nous longtemps à nous en satisfaire ? La prison sera t-elle notre dernier mot, le dernier recours à opposer à l'incessant questionnement que la folie introduit dans la culture ?




Les Enfants en institution

Par Sylvain GOUIRAND

 

Accueil thérapeutique des enfants et des parents en institution.

 

 

Les enfants placés en institution (IME - Placement familial - Hôpitaux de jour etc ...) que ce soit en journée ou à la plus forte raison en internat, ont, de fait, inscrit en eux et avec eux, le stigmate d'un échec, c'est-à-dire une blessure, une souffrance, une coupure, l'éloignement de l'environnement familial, du familier, " heimlich "-- cf. ° Freud:

  «  L'inquiétante étrangeté - unheimlich ».

Cette souffrance, coupure donc mais aussi le " handicap ", la " maladie " qui la cause, si elle ne peut se " réparer ", se " guérir " au sens où une angine se guérit avec des antibiotiques, cette souffrance peut se symboliser, se parler et du coup le discours qui sera tenu alors, va prendre l'enfant, non plus comme objet ( l'handicapé réduit à son handicap qu'il faut réparer par des techniques de réparations toutes plus ou moins conditionnantes), mais comme sujet d'une parole qui va circuler dans la famille, dans l'institution etc ... et qui va permettre, selon les cas bien sûr, de lui donner ( ou redonner ) la parole, de la lui reconnaître . 1

 

Au début de la vie, la mère (la mère c'est aussi tout le contexte maternant) et l'enfant sont dans une relation fusionnelle (attachement dirait Winnicott) nécessaire pour la survie.  Cet attachement fusionnel va, dans le processus normal, progressivement aller vers une séparation qui va permettre à chacun de sortir de cette dyade symbiotique (ce que certains nomment processus d'individualisation) faute de quoi, des troubles graves apparaissent (psychoses par exemple).

 

Cette séparation, cette coupure (en deux, en eux) se fera grâce à ce que Lacan appelle

 " la métaphore paternelle ". Sortir donc de cette dynamique fusionnelle pour pouvoir être en relation avec son manque d'objet (et non son objet) puisque grâce aux noms - non - du père, la mère sera inter - dite, mise à distance par la parole.  Il pourra alors adresser des demandes, il l'appellera, elle pourra le nommer, il se reconnaîtra dans le regard qu'elle portera sur lui comme, non plus son prolongement à elle, mais comme Pédro ou Robert ...  Je vous raconte là ce que Lacan appelle le stade du miroir.

 

Dès la période Œdipienne, nous avons tous rêvé d'avoir un enfant de la mère (fille ou garçon) -- cf. ° Freud : Nouvelles conférences sur la psychanalyse; ( article sur la féminité en particulier ) C'est dans la dialectique d'amour et de haine envers nos propres parents et dans l'attachement au parent de sexe opposé que naît le désir d'enfant . Ce désir, qui naît très tôt, va subir des remaniements importants tout au long de la vie du sujet, en particulier durant ces périodes que sont l'enfance et l'adolescence.  C'est cela l'enfant imaginaire, cet enfant qui vit dans la tête de chacun, c'est l'enfant du fantasme -- que nous ayons des enfants ou pas  Et cet imaginaire là sera toujours présent en nous pour vivre plus ou moins bien avec nos enfants réels.

 

Et c'est le rapport entre cet " enfant imaginaire" avec l'enfant réel " qui fonctionne dans le fait d'être parent. Le fonctionnement 2 de la fonction 2 parentale renvoie toujours à ce rapport. Alors vous comprenez les difficultés spécifiques qu'auront les parents dont nous parlons, difficultés qu'ils doivent pouvoir nous dire et que nous devons écouter.

Mais remarquons dès à présent qu'il y aura toujours, pour chacun toujours un travail de deuil à faire: l'enfant merveilleux du fantasme.

 

•1                  Voir en fin de texte

•2                   Idem "

•2

Pour pouvoir aider et accompagner les parents dans un placement, il faut donc les aider dans la vérité de leur " fonctionnement " de parents, dans leur histoire commune.  Souvent le fonctionnement est perturbé -- ne serait-ce que par la pathologie de l'enfant -- et alors la fonction parentale défaille.( je pense, par exemple, à l'insupportable pour une famille, des crises clastiques d'un de ses enfants gravement épileptique, famille vivant en appartement HLM et qui en vint à des coups donnés à cet enfant, à la limite du sévice).

 

La naissance d'un enfant handicapé est toujours traumatisante pour ceux qui accueillent cet enfant: souvent se produit alors un déni dans l'équipe d'obstétrique et chez les parents, avant que chacun puisse investir l'enfant.

De nos jours, la toute puissance de la Science dans le discours ambiant produit cette réaction qui consiste à dire et à penser qu'une telle naissance est une erreur, une faute médicale, son échec. Du coup tout le monde: famille, équipe hospitalière etc ... est plongé dans une grande culpabilité à laquelle l'enfant réagit;

 

Le déni fonctionnant, tout sera mis en jeu pour masquer, c'est-à-dire refouler, la différence, si minime soit- elle et la surprotection en sera la conséquence: surprotection technologico - médicale du côté soignant, surprotection maternante côté famille, surprotection qui très souvent cache un rejet difficile à reconnaître, difficile à exprimer, puisque les " vœux de mort" à l'œuvre sont généralement inconscients

La blessure narcissique est là massive, elle empêche que soit fait le deuil de l'enfant imaginaire ( l'enfant réel n'étant pas assez gratifiant puisque porteur de trop de différences) pour les parents qui ne voient alors plus que ses difficultés, sans voir qu'il peut avoir ( ou qu'il a déjà) aussi quelques compétences .

 

Aider les parents, c'est peut-être d'abord de les reconnaître en tant que parents de leur enfant.  Trop régulièrement, nous constatons qu'à la blessure d'avoir un enfant handicapé, s'ajoute la blessure de l'impossibilité de l'élever, c'est-à-dire qu'est mis là en échec leur fonction parentale.

 

Il est donc essentiel pour le travail thérapeutique qu'ils aient, dans l'institution qui accueille leur enfant, un lieu pour être entendus en tant qu'homme et que femme "souffrant" dans leur être-père, être-mère.  C'est souvent aussi pour la première fois qu'on s'adresse à eux en tant que sujets, reconnus alors dans leur savoir sur leur enfant. Et c'est souvent aussi pour eux la première fois qu'ils peuvent parler d'eux-mêmes.

 

Un autre point qui me paraît devoir être soulevé est celui de la collaboration demandée aux parents . Cela me paraît important dans la revalorisation de leur rôle parental . Parfois eux seuls comprennent le " langage " de leur enfant, en tout cas, eux seuls possèdent certains renseignements concernant son histoire.  Le fait d'accorder de l'importance aux dires qu'ils tiennent, tant sur leur enfant que sur eux, sur la famille, son contexte etc ... fait partie du renforcement narcissique qu'il faut leur apporter si nous voulons les aider, si nous voulons que la fonction parentale fonctionne.

 

Il faut alors sans cesse, nous méfier de notre désir de transformer la dynamique familiale dans un sens qui correspond à nos idéaux : fabriquer des parents tels nos parents idéaux, parents imaginaires ( tout comme nous avons vu précédemment l'enfant imaginaire, il y a également en nous des parents idéaux clf° à ce propos Freud: le roman familial)  Aider les parents d'enfants placés, c'est accepter de reconnaître leur souffrance, leur ambivalence, leur rejet ... c'est également leur permettre de les dire sans qu'ils soient pour autant jugés, catalogués.

 

 

Cette souffrance parentale peut se présenter sous différents modes par exemple celui de la mise en accusation de l'équipe et/ou de l'institution :

" Depuis qu'il est placé, il fait des grimaces, il a des tics ou dit des gros mots ... "

Ce peut être parfois sur un mode dépréciatif que l'enfant sera parlé; malgré la séparation, il reste persécuteur, preuve vivante de leur échec; ce peut être aussi le mode de la dépression d'un ou des deux parents, (souvent la dépression est masquée par des somatisations) car l'enfant, par la libido qu'il mobilise, (les désirs dont il est investi ) peut être pour la famille un "antidépresseur" et la prise en charge en institution a rompu cet équilibre.

 

Les réflexions de l'équipe autour de la séparation tenteront de trouver des modalités d'aide, d'inventer et de personnaliser les réponses à apporter aux familles. L'investissement de l'enfant, l'investissement des parents, l'investissement de l'équipe (éducative et soignante) doit être analysé au cours de réunions régulières prévues à cet effet: synthèses et réunions institutionnelles.

 

La réflexion de l'équipe dans le projet du placement doit inclure les parents qui seront rencontrés régulièrement et un contrat (contrat thérapeutique) avec eux et leur enfant doit être inclus dans la prise en charge thérapeutique de l'enfant.  Ceci est indispensable, sinon rien ne pourra être constructif, rien ne pourra évoluer pour l'enfant et rien ne bougera du côté familial, les parents étant alors esseulés avec leurs angoisses et leur culpabilité ; l'équipe devenant, du fait du placement, la " bonne mère ", celle qui sait (en place de S1 cf. °. note n°1) la famille sera alors infantilisée dans et par les conseils que les intervenants donneront.

 

A ce propos de l'équipe qui devient " la bonne mère", (nous sommes ici dans le champ  Imaginaire) signalons aussi les échanges entre les diverses équipes qui s'occupent de l'enfant, ou celles qui s'en sont occupées auparavant, échanges nécessaires tournent à :

" Quelle est la meilleure équipe "? Ce qui revient à répéter sur le plan de la dynamique institutionnelle cette question " qui est le meilleur parent ? " Les réunions de réflexions sur l'investissement (sur le désir) doivent aborder et tenter de résoudre ce type de problème et les conflits qu'une telle dynamique non analysée provoque et dont l'enfant fait toujours les frais.

 

Permettez-moi de vous dire encore ceci les parents sont rencontrés dans l'institution en tant que parents et non comme malades même si eux-mêmes ont une pathologie importante . Ce n'est qu'en tant que parents qu'ils intéressent l'équipe médico-éducative, leur pathologie doit être prise en charge dans un autre lieu.

 

En conclusion, pour aujourd'hui, je dirai qu'une institution sera thérapeutique si elle est conçue comme un lieu de parole et d'échange, pour les enfants comme pour leur famille.  Un lieu également suffisamment contenant et sécurisant pour chacun, ( ce chacun comprend les membres qui composent la famille au sens le plus large, mais aussi les membres de l'équipe qui prend en charge l'enfant ) pour que puisse se « déposer » les fantasmes, les vœux de mort et les désirs des uns et des autres concernant l'enfant pris en charge .

 

Cela suppose que les membres de l'équipe aient reçu une formation psychologique pour pouvoir entendre et recevoir les affects que soulève en nous ce que l'on pourra entendre en ouvrant le couvercle la boîte à Pandore qu'est toute la famille.

 

 

Note 1°-

 

Le discours, nous disait Lacan, c'est ce qui fait lien social.  Il y a plusieurs manières de faire lien social bien évidemment: essayons d'étudier le discours comme une structure

 (une structure a toujours au moins quatre éléments). Quels sont les éléments mobilisables qui vont composer cette structure ? Eh bien, pour parler, nous utilisons des signifiants, c'est-à-dire, des " mots ". « Un signifiant représente un sujet pour un autre signifiant » nous a enseigné Lacan.  Le sujet est divisé en sujet de l'énoncé et en sujet de l'énonciation, c'est pour cela qu'on l'écrit $ (S barré), il ne pourra être que représenté par un signifiant S1 près des autres signifiants S2         qui constituent la chaîne signifiante. Vous disant cela, j'ai obtenu trois éléments:

SI - $ - S2     Mais le sujet ne doit pas être seulement étudié dans son rapport avec des

Signifiants :il est aussi en rapport avec des ob-jets ( objacure : jeté devant ) et c'est précisément ce rapport à l'objet qui s'inscrit dans la formule lacanienne du fantasme :

$ <>a.

Ce "a" que nous appelons l'objet cause du désir.

 

S1 - $ - S2 - a-  nous avons maintenant nos quatre éléments de la structure, mais dans quel ordre les écrire? Traçons-en un carré divisé en quatre; nous avons alors quatre places.

 

 

 

                           1 -  c'est la place de la Dominance / Agent

                           2 - c'est la place du Producteur

                           3 -   c'est la place de ce qui est Produit

                           4  - c'est la place de la Vérité

 

 

 

 

                                              _____________

                                                             1          2         

                                              _____________

 

                                                  4          3

                                              _____________

 

 

 

 

Pour caractériser un discours, il suffit de mettre en position de Dominance un de ces éléments, les trois autres s'organisent autour.

Quatre places, quatre éléments donc quatre discours au moins !

 

Le discours du Maître :

 

 

 

                                       S1     -->      S2

                                        __               __

 

                                                  $        //          a                 

                                                                                                                        

                                      

 

 

 

S1 en place dominante, en place d'agent, de commandement: Dormez! dit l'hypnotiseur.  S1 s'adressant au savoir S2 (la chaîne des signifiants) lui demande de produire l'objet

 " a «. Mais entre $ et a, nulle conjonction n'est possible; la subjectivité, en retrait, ne peut faire apparaître $ <> a, il y a absence de communication entre la place du Produit et celle de la Vérité.

 

Si nous déplaçons d'un quart de tour le sujet $ pour l'amener de cette position de Vérité

où il était emprisonné (dans le discours du Maître ) à la place d'Agent, nous obtenons

 

 Le discours de l'hystérique :

                                                

                                                             $        -->          S1

                                                 __                     __

 

 

                                                 a            //            S2             

 

 

La division du sujet est en Dominance, l'hystérique se signifiant à travers de nombreux symptômes (S1) qui produisent S2, un savoir dont elle ne sait que faire.  C'est ce savoir

(S2) que Freud recueille des hystériques et qui lui fait dire que ce sont elles qui inventèrent la psychanalyse.

 

Encore un quart de tour et nous obtenons :   Le discours analytique :

 

                                                 a         -->           $

                                                __                   __           

 

                                                 S2        //        S1

 

Que fait Freud lorsqu'il se trouve placé comme objet "a" dans les bras de la femme hypnotisée qui s'est jetée sur lui ? Il pense : " je ne suis pas irrésistible à ce point ! il y a autre chose " ce qui lui permet de mettre en suspens de façon radicale, ce qu'il en est de l'amour, en découvrant l'importance du transfert.

Comme " objet a ", il acceptera d'être objet cause du désir, temporairement en place d'Agent ou de semblant.

 

" Ce n'est pas moi qu'elle aime, je ne suis qu'un objet substitutif " Se refusant ainsi, il fondait la psychanalyse, découvrant que le transfert est l'instrument privilégié qui permet de passer du:    $  au a  que seul peut donner $ <> a.

                                                                                                                __      __
                                                                                                           
a        S2

                          

 

Le savoir (S2) étant placé en Vérité, l'objet " a " en Dominance, le sujet $) produit S1, le signifiant premier, le signifiant maître.  Ce " savoir" de l'analyste, à prétention de vérité, concerne le désir, toujours en quête d'un objet qui ne sera jamais retrouvé, qui ne peut-être qu'évoqué, que parlé; (il n'y a de désir que parce qu'il y a du manque)

 

Encore un quart de tour et nous obtenons le quatrième et dernier discours :

Le discours Universitaire.

 

                                                                    

                                                 S2      -->      a

 

                                                 __                 __

 

                                                 S1       //         $

 

 

S1 étant placé en Vérité, toute la question sur la vérité sera écrasée. Le savoir S2 domine.  L'enseignant s'adresse à des étudiants astudés qui doivent produire que des sujets $ mortifiés par un savoir dominant.

 

 

 

Note 2°-

 

 

 

Fonction et fonctionnement.

 

Dans un dossier du magasine " Passage " d'août 1997 consacré à l'autisme, Jean Bergès

Ecrit dans son article « pour une approche " autre" du phénomène autistique »:

« Il y a des mécanismes de défense qui sont mis en jeu par l'enfant lui-même pour tenter, en quelque sorte, de sauver ce qui peut l'être.  Ces mécanismes de défense sont très précoces et jouent non pas dans la fonction, mais dans le fonctionnement de la fonction, c'est-à-dire dans la mise en jeu de ce en quoi la fonction est inscrite, qu'il s'agisse de la posturomotricité, de la vision ou de l'audition etc ... dans une sorte de déviation de ce en quoi le fonctionnement se trouve déborder la fonction ou au contraire, la priver de toute relance.

De même que lorsqu'un enfant a un strabisme, le fait de ne pas en tenir compte peut aboutir à la perte de la rétine -- et la fonction visuelle intacte au départ, se perd de n'être pas entretenue par le fonctionnement du regard -- de même il y a précisément dans ce type de difficulté (... ) la possibilité, par la remise en place des déviations du fonctionnement, de restaurer une partie de la fonction »  clf° également le livre de Jean Bergès et Gabriel Balbo:   «  L'enfant et la psychanalyse »  Ed: Masson.

 

 

Bibliographie

 

 

 

BERGÈS J., BALBO G., L'enfant et la psychanalyse, Masson, 1994

 

FREUD S.,    Esquisse d'une psychologie scientifique in La naissance de la psychanalyse,

                    P.U.F

 

                  L'inquiétante étrangeté in Essais de psychanalyse appliquée, Gallimard, coll.

                  « Idées »

 

                    Le roman familial des névrosés in Névrose, psychose et perversion, P.U.F

 

                    Analyse d'une phobie chez un petit garçon de 5 ans (Le petit Hans) in Cinq

                    Psychanalyses, P.U.F

 

LACAN J.,    Le stade du miroir in Écrits, Seuil.

 

                    Les complexes familiaux in Autres écrits, Seuil.

 

 

MANNONI M., L'enfant arriéré et sa mère, Seuil.

 

                      Éducation impossible, Seuil.

 

WINNICOTT D. W., De la pédiatrie à la psychanalyse, Payot.




 

 

 

                     

                   

 

 

 

Frères et sœurs : « à la vie ... à la mort ».

Par Sylvain Gouirand    
                   
   <<La pathologie n'est que l'exagération de la vie ordinaire>> dit Freud.


 La relation fraternelle a une place importante dans l'évolution affective de chacun. Le frère ou la sœur, dans le cadre de la relation  fraternelle, assure une double fonction : celle de l'intrus qui confronte l'enfant à la rivalité vis-à-vis de l'objet primaire maternel d'une part, et  celle d'un double spéculaire d'autre part qui le confronte à lui- même en tant qu'autre.
Mélanie Klein dirait « l'envie et l'avidité pour le bon sein idéalisé, tout puissant et pourvoyeur de toute puissance est au cœur même de la relation primaire de l'enfant à sa mère. Ce dernier veut épuiser totalement cet objet d'amour pour s'approprier ses qualités, c'est l'incorporation. Eh bien !, ces sentiments-là vont secondairement se transformer en rivalité et en jalousie. Ainsi dans les fantasmes de l'enfant, cette avidité destructrice vis-à-vis du sein perdu se déplace sur les rivaux que sont les frères et sœurs, qui sont vécus comme étant à l'origine de l'exclusion et de la dépossession dont souffre le sujet.
Dés les «  Complexes familiaux » Lacan nous dit que « la jalousie, dans son fond, représente non pas une rivalité vitale mais une identification mentale ». Avec le « stade du miroir » Lacan précise que le Je me constitue par identification à mon semblable. Grâce à cette identification, Je peux rivaliser avec lui, Je jalouse ce qu'il possède ou ce qui fait son succès.                                                                           
Du texte de Freud « Un enfant est battu », Lacan commentant la première phrase écrit : « c'est dans cette possibilité même d'annulation subjective que réside tout son être en tant qu'existant, que c'est là, en frôlant au plus prés cette abolition qu'il mesure la dimension même dans laquelle il subsiste comme être sujet à vouloir, comme être qui peut émettre un vœu».
Plus que le sentiment de jalousie comme le laisse entendre Freud et qui débouche sur une dialectique de type hégelien « ou lui ou moi », avec Lacan il semble que ce soit plutôt une identification à l'autre plus encore que dans une rivalité que le sujet se trouve questionné sur sa position de sujet, ce qui ne dénie pas pour autant la réalité de la jalousie bien sûr. Lacan d'ailleurs développe ce thème en différenciant l'envie et la jalousie, dès son article sur les complexes familiaux, où se référant à saint Augustin qui dit avoir observé «...un tout petit en proie à la jalousie : il ne parlait pas encore et il ne pouvait sans pâlir arrêter son regard au spectacle amer de son frère de lait» . Je ne peux, faute de temps, reprendre ce texte, mais je vous renvoie au travail très précis de notre ami Constantino Gilardi paru dans le N°14 de « La psychanalyse de l'enfant ».
Sur la haine, je dirai que c'est un fait clinique qui s'impose a Freud. Dés « les études sur l'hystérie » Freud en montre l'importance avec l'histoire de sa patiente Elisabeth. Vous savez que c'est cette jeune fille qui éprouve une grande satisfaction à l'idée que sa sœur soit enfin décédée et lui laisse la voie libre pour épouser son beau-frère. Refoulant cette idée elle convertit cette excitation en symptômes somatiques : elle a des douleurs dans les jambes.    
Dans de nombreux séminaires, Lacan reprend l'exemple de l'enfant décrit par saint Augustin dans les « Confessions », pour démontrer la dimension imaginaire de la haine selon deux registres distincts : la haine jalouse et la haine de l'être.

  • 1) Dans la haine jalouse le sujet est dépossédé de l'objet de son désir: ainsi l'enfant d'Augustin voit l'autre jouir, dans une unité idéale avec la mère, du sein auquel il est appendu. Ce qu'il lui présente dans cette vision c'est sa propre image corporelle et cette image est fondatrice de son désir. Mais cette image il la hait car elle lui révèle un objet perdu (a) qui réveille la douleur de la séparation d'avec la mère, précisera Lacan en 62 dans «l'identification».
  • 2) La haine de l'être est plus intense encore et concerne dieu ou quelqu'un au-delà de la jalousie. Cette haine là, nous dit Lacan ne relève pas de l'image ou du regard. Elle est induite par le fait que le sujet imagine un être au savoir insaisissable et surtout menaçant pour sa propre jouissance. Il hait cet être alors avec violence. (cf. Lacan séminaire de 1973«Encore»)

Vous comprenez aisément que cette rivalité fraternelle va difficilement pouvoir s'exprimer, et que le surcroît d'attention et de surprotection dont est l'objet l'enfant handicapé va venir exacerber ces sentiments, d'autant que ceux-ci sont la plupart du temps vécus comme la réalisation des fantasmes, des désirs destructeurs et mortifères du sujet. 


Observation N° 1
: l'analyse de Catherine.

Catherine entreprend une psychanalyse à l'age de 28 ans et me raconte que toute manifestation de son autonomie et de son existence propre est mal supportée par sa mère. Ses parents ont eu avant elle un fils encéphalopathe, qui se révèle être un grand psychotique. Ce frère Luc a 4 ans de plus qu'elle. Elle exprime dans ses séances combien elle était peu investie par sa mère qui supportait mal ses premières manifestations d'indépendance, ainsi que le sentiment d'avoir été coupée de toute relation un peu chaleureuse avec ses parents ,et de toute relation directe avec son frère, ce dernier ne supportant pas d'ailleurs que sa mère s'occupe d'elle, et que lorsque cela arrivait Luc marquait son intolérance, sa jalousie et sa possessivité par une recrudescence de ses automutilations. Avant sa naissance la famille s'était repliée sur elle-même, dans un isolement qu'elle qualifiera de masochiste.   Catherine ne pourra pas remplir la mission qu'elle avait reçu de sa mère : sauver et re socialiser la famille. Elle sera contrainte de se plier à cet isolement social et d'assister  en spectatrice impuissante et exclue à cette symbiose  douloureuse.        Pendant plusieurs années  Catherine apportera dans son analyse des rêves ou        il ne sera question que de mort du frère, du chagrin que pourrait avoir ses parents, et en particulier sa mère s'il arrivait un accident à Luc, etc., avant qu'elle repère que s'était -là son désir secret inconscient, ce qui lui permis de se poser un peu dans l'existence, et d'arrêter de s'agiter en participant à des compétitions sportives comportant des risques  certains :Traversée en solitaire de la mer d'Irlande en hiver par exemple.                                                                                                                  .                                                                                                                
L'aliénation dans l'image du double peut s'observer aussi lorsque  l'image idéalisée d' un frère ou d'une sœur  disparue est projetée sur l'enfant par la mère qui n'a pas pu faire le deuil de cet aîné , produisant par là chez l'enfant le sentiment qu'elle le désire à l'image du disparu, voire produire un délire de dédoublement.


Observation :
moment de décompensation d'une psychose.


Ouardia est une adolescente de 14 ans présentant un syndrome d'automatisme mental. Elle parle de son frère  comme d'un jumeau indissociable : «on est 2 frères.» Elle pense qu'elle communique directement avec lui, elle entend son frère lui parler, pense qu'il la voit toujours. Ouardia est la sœur cadette d'un frère tétraplégique quasiment muet âgé lui de 17 ans. Les parents sont venus  du Maroc s'installer en France  tout spécialement pour faire soigner ce frère aîné. L'entretien apprendra que depuis toujours Ouardia vivait une relation fusionnelle  avec ce frère dont elle partageait la chambre. Elle servait surtout de messager entre lui et ses parents, leur  traduisant en mots , le langage incompréhensible fait d'onomatopées de son frère C'est  au moment ou  ce frère va entrer dans un foyer spécialisé pour son handicap que Ouardia décompense sa psychose et que se développe ce syndrome dissociatif d'automatisme mental.  
                                                                                                                                               
Observation :

Dans mes notes j'ai marqué : haine et meurtre de l'autre.

Jérôme  est un enfant autiste âgé de 7 ans et son frère aîné Geoffrey, âgé de 9 ans.   Le père  et la mère  font porter la responsabilité de la maladie à un défaut de surveillance médicale après l'accouchement.  C'est  lorsque les parents peuvent,  après plusieurs années de prise en charge de  Jérôme dans l'I.M.E., enfin assumer avec plus de sérénité l'anormalité celui-ci que David présente  un tableau d'échec scolaire massif. Il refuse alors tout rapport avec les enfants de son age , tant son sentiment  de honte est grand du fait de la présence de Jérôme. Il développe des sentiments persécutifs intenses, se plaint des moqueries des autres enfants à l'école. Cette attitude entravera son insertion scolaire et le mettra dans une situation d'échec, ce qui l'amènera à venir me consulter.       : «je ne veux pas qu'il me suive, il me suit tout le temps, il est toujours après moi. il bave tout le temps, je ne veux pas qu'il me colle.» Durant  sa première séance il fera un dessin représentant un petit chien attaché à un arbre et un homme, une femme   et un enfant s'éloignant, tournant le dos. Commentant son dessin   il m'expliquera que le petit chien a la rage, alors le papa l'a attaché  et les loups vont venir le manger à la nuit ;»

Alors qu'en est-il du rapport frère et sœur dans ces cas de handicap de l'un d'eux ? La question qui se pose  au bien portant peut se  synthétiser comme ceci : mon frère, ma sœur, qu'est-ce qui me fait différent de lui, de elle, et qu'est-ce qui me fait pareil ? C'est de reconnaissance qu'il s'agit, de reconnaissance de soi, de reconnaissance subjective. Dans le séminaire « la logique du fantasme » Lacan dés la première leçon nous dit « ...C'est de l'imaginaire de la mère que va dépendre la structure subjective de l'enfant »   et toujours dans ce séminaire  « que l'enfant arrive comme produit, reste du non-rapport sexuel de ses parents. Ce « produit », ce «reste »  s'inscrit dans le symbolique grâce aux divers discours tenus à son sujet, discours qui le soutienne, mais aussi dans l'imaginaire par la formation, par la mise en place des identifications. Reprenons donc les choses à partir de ce premier rapport  au grand Autre, rapport  pré-spéculaire : eh bien,  une première reconnaissance, non demandée par le sujet, est nécessaire, est indispensable. Cette première reconnaissance établit le fondement même de  l'image du corps, c'est à dire pour que ce moment logique qu'est le stade du miroir fonctionne.  C'est le moment où l'enfant se retourne vers l'adulte qui le porte, ---la mère---,  dont le regard le regarde et, là, ici dans ce deuxième temps,  il lui demande d'authentifier ce qu'il découvre dans le miroir d'un « c'est  toi » qui donnera un « c'est  moi ». Mais pour qu'elle puisse dire ce « c'est toi » il faut qu'elle accepte une coupure, qu'elle l'identifie comme différent, séparé d'elle, [ S (%) et(- „ ) dans l'écriture de Lacan], sinon ce regard qui le regarde est à entendre comme une rétention : « re-garde » c'est à dire qui le garde encore en elle.


Observation :
d'un délire d'identité.

Ainsi, Georges  est un garçon de 14 ans. Depuis quelque temps il prétend s'être transformé en monstre, il a changé de couleur. Il est un robot cybernétique ; il est aussi l'archange  du même nom. Il évoque sans cesse :» le bébé « un frère mort immédiatement après sa naissance .Il dit souvent  dans son délire: « je suis  la moitié humaine et le bébé qui est mort, c'est ma moitié diable. On l'a tué, on l'a découpé parce que c'était le diable.» ou encore : « Quand on fait de la résistance on est fusillé et on va au ciel avec les anges». De l'entretien avec la mère de Gérard ressorte quelques éléments significatifs. La naissance de Gérard est survenue  deux ans après l'accouchement d'un enfant mort mort-né . Gérard porte le prénom qu'aurait du porter cet enfant qu'elle n'a jamais vu.( IL s'agissait d'un enfant macéré qui a été découpé in-utéro pour le sortir du ventre maternel). C'est sa propre mère qui exige que Georges soit donné comme prénom,  en souvenir du grand-père fusillé par les Allemands. Georges porte d'autre part pour patronyme celui de sa mère qui n'a jamais voulu se marier, bien que vivant avec le géniteur de Georges.
Si je prends les choses par ce biais c'est que les enfants que j'ai rencontrés ont pu voir dans le regard de leur mère une sorte de regard en retrait, une bigle rie vers un ailleurs, vers une autre image, elle idéale, dont le deuil n'a jamais pu se faire. Cette loucherie de la mère  lui indique alors une place de substitut en plus de sa propre reconnaissance. L'enfant  est ainsi estampillé de ce qu'il repère comme étant du coté de ce que la mère désire, de ce qui lui manque, et qui est le phallus. C'est ainsi  que l'aliénation imaginaire fait prendre l'image du frère ou de la sœur handicapée comme complétude désirable et aussi comme objet de jalousie absolu.


Observation :
notes : identification à l'autre.

Jessy est une petite-fille psychotique de 9ans qui ne parle pas présentant de fréquents accès d'automutilation. La  fratrie  est composée  de 2garçons : Norbert  7 ans, Christian 5 ans, et 2 filles : Blandine 12 ans, et Jessy  est placée en I.M.P.. Elle est âgée de 9 ans. Sa mère est une femme dépressive, ayant eu d'énormes difficultés à  l'investir  débordée par cette enfant qui la décontenançait,  et dont elle supportait mal les exigences tyranniques de présence auprès d'elle, l'agitation et les accès de violence auto mutilatrice. Le père , est un homme peu présent au domicile familial ,fréquemment au chômage et qui  boit de temps en temps. Durant les années où je reçois les parents de Jessy , il ne sera quasiment jamais question des 2 frères et de la sœur  aînée.   Toute tentative pour évoquer la fratrie se heurte à un refus ou une banalisation de la part de M. et Mme. A. Je note que Mme. A. englobe ses 2 filles, Jessy, enfant psychotique, et  Blandine sa sœur aînée dans un discours globalement dévalorisant et agressif envers elles, alors que les 2 garçons Christian et Norbert semblent mieux acceptés et plus valorisés. C'est tout à fait incidemment qu'au détour d'un ces entretiens  réguliers ( une fois par mois ) que j'ai avec le couple au sujet de Jessy, que j'apprendrai alors que je les raccompagne que Blandine est en grandes  difficultés  scolaires depuis un an.  « Elle redouble la .6°.  ne fait rien à l'école, elle fait tout juste acte de présence, elle a des difficultés pour parler, confond tout, écrit et lit de plus en plus mal ». Je ne verrai Blandine  qu'une seule fois, juste le temps de m'apercevoir qu'il s'agit d'une petite fille intelligente mais qui est enfermée dans des attitudes régressives de pseudo-débilité. Elle semble jouer à la sotte et fait la nigaude s'identifiant dans ses attitudes, en conformité d'ailleurs avec le discours maternel, à sa petite sœur psychotique. Blandine me disant lors de cet unique entretien. « Il n'y en a que pour  Jessy, ils (les parents) font tout pour elle,  quand on est une fille il faut souffrir, c'est pas pareil les garçons, ça s'élève tout seul ». J'ai conseillé une psychothérapie pour Blandine aux parents mais rien ne fut entrepris, à ma connaissance.
Le sujet s'estime toujours responsable du manque de l'Autre ce que Lacan nous dit : «le névrosé se figure que l'Autre lui demande sa castration ,et il se dévoue pour assurer ainsi la jouissance de cet Autre auquel il donne corps» en assurant imaginairement la jouissance de l'Autre, c'est à dire en cherchant à combler le manque dans l'Autre.

Une dernière histoire :

Observation :

Sur la fiche j'ai noté :   Hyper - maturation  masquant un état dépressif ; Colmatage trop lourd à porter de la défaillance parentale.

Dominique est un enfant autiste totalement indifférent à la présence de l'autre. Après plusieurs années de prise en charge à l'I. M. E. Dominique  aura une évolution très favorable : il dit quelques phrases, accepte mieux le contact avec les autres, et qu'il commencera à apprendre à écrire des lettres. La mère  de  Damien est une femme  jeune présentant une certaine froideur affective , tandis que le père plus âgé , ancien éthylique semble  plus proche de Damien . Progressivement la situation familiale va se modifier. Mme.R. qui, pendant longtemps à accepté les attitudes fusionnelles de Damien change de comportement  au moment ou ce dernier commence à s'autonomiser par rapport à elle. Elle commence à se maquiller de façon  outrancière, fait des dépenses inconsidérées pour ses toilettes,  proclame que son mari est trop vieux pour elle ,etc. De son coté M. apparaît  de plus en plus  dépressif. Mme.R.  reproche à son mari de ne pas lui avoir offert la possibilité de vivre réellement et pleinement  jusqu'à présent. Mme. R semble développer un état maniaque. Durant cette période de très grande tension dans la famille ,Jeanne  la sœur aine âgée de 17 ans , est une jeune fille sérieuse, hyper-mature, qui accompagne souvent sa mère dans les démarches médicales ou administratives pour Dominique ,et dont elle constitue une sorte de  double destinée à la soutenir. Jeanne investis beaucoup Dominique s'en occupe activement à la maison et note régulièrement les progrès. Mais brutalement et alors que rien ne le laissait prévoir Jeanne s'enferme en secret dans sa chambre et  avale les neuroleptiques de son frère. . Elle  s'en sortira avec un lavage estomac et quelques jours d'hospitalisation.Elle banalisera son geste par la crainte de louper son baccalauréat, mais jamais elle ne consentira à re-évoquer son geste ni à reparler de ses relations avec Dominique.

En conclusion, je dirai de ces histoires que ce qui en fait le tragique c'est  l'arrêt- sur- image, arrêt sur le désir vu dans le regard maternel, interprété par le sujet comme figé sur le souvenir de l'autre disparu ou sur l'image idéale qu'il aurait du être. Du coup un tel regard ne renvoie pas le sujet à un tiers, n'indique pas le père. C'est bien là la tragédie, et si je parle de tragédie c'est  Antigone qui vient à l'esprit. Antigone, fille,  mais aussi sœur d'Œdipe, est mise devant le dilemme d'enterrer un de ses frères mais pas l'autre pour obéir à Créon. Elle décide de transgresser la loi de Creon, invoquant une loi supérieure, se soutenant de « un frère est un frère » : le signifiant frère fait donc retour sur lui-même, il n'ouvre pas la chaîne des autres signifiants. Commandé par son devoir, elle se donne une patrie : la mort, qui réalise l'exil du sujet  en l'anéantissant. Antigone fait don de son être à sa mère et franchit du coup un pas de plus dans le désir incestueux de la restitution à la mère de son produit. Le signifiant frère ne peut, dans Antigone, dénouer ce qui a été pris dans le désir maternel incestueux puisque ici le père est aussi le frère.

 Sylvain Gouirand